Cyclones et ouragans, désertification, inondations, submersions marines des côtes, réchauffement des eaux océaniques, canicules, diminution de la biodiversité, progression des maladies infectieuses… Aujourd’hui, le changement climatique et son cortège d’impacts sont régulièrement à la Une des médias et s’inscrivent au cœur de nombreuses conférences internationales. Cependant, il est encore rare d’y entendre la voix de populations directement confrontées à ces événements qui bouleversent leur vie quotidienne. C’est ce constat qui a conduit RFI Planète Radio (groupe France Média Monde) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à lancer en 2017 le projet ePOP (Petites Ondes Participatives).

ePOP, média participatif, s’est donné pour ambition de donner la parole à toutes celles et ceux qui sont directement impactés par les changements environnementaux et climatiques, de diffuser très largement leurs témoignages, de les mettre en dialogue avec les scientifiques, les experts et les décideurs, afin que les territoires concernés puissent mieux s’engager dans une transition sociale et écologique en réponse aux Objectifs du Développement Durable.

Avec ePOP, au travers de très courts films réalisés avec leur smartphone, des jeunes (15-30 ans) issus des 5 continents – les « ePOPers » - se font les porte-parole du ressenti et des questionnements de leur communauté. Dans un souci de dialogue intergénérationnel, la parole est donnée tout particulièrement aux anciens, témoins depuis de nombreuses années des changements globaux. Les témoignages vidéos recueillis sont diffusés sur les réseaux sociaux, dans les médias locaux et internationaux. S’inscrivant dans cette dynamique d’échanges, l’organisation régulière d’« AfterPOP », événements publics où les meilleures vidéos sont projetées et mises en discussion avec des chercheurs, responsables politiques, représentants de la société civile, artistes, citoyens, etc., constitue un élément incontournable du concept ePOP. C’est l’occasion d’engager un véritable débat public où tous les acteurs de la société, y compris les jeunes, participent à la réflexion et aux échanges.

Cette méthodologie originale, qui place la jeunesse au cœur du dispositif, a été initiée dans le Pacifique, notamment en Nouvelle-Calédonie, à Fiji, au Vanuatu et en Nouvelle Zélande ; elle se développe aujourd’hui en Afrique de l’Ouest et centrale, ainsi que dans l’Océan indien, à La Réunion et à Madagascar. Le réseau compte aujourd’hui plus de 94 000 followers issus de 48 de pays, avec la République démocratique du Congo, Madagascar et l’Algérie comme trio de tête. Depuis 2017, plus de 650 films ont été produits, autant de témoignages du monde entier s’exprimant dans une trentaine de langues !  Le changement climatique et ses impacts constituent un thème récurrent avec, par exemple, des pêcheurs du Bénin ou du Sénégal s’inquiétant de la raréfaction des poissons, des insulaires du Pacifique déplorant l’érosion du littoral sous l’effets de plus fréquentes tempêtes ou la montée du niveau des eaux, des éleveurs ou agriculteurs du Sahel désemparés face aux sécheresses prolongées… 

Sur le réseau Facebook, les vidéos comptabilisent, à raison d’une publication par semaine, plus de 1 200 000 vues par an et les consultations sont en progression constante. Elles sont progressivement intégrées dans une vidéothèque – consultable sur le site epop network – qui constitue l’une des plus importantes bases de données de témoignages de citoyens du monde confrontés aux changements environnementaux.

Le succès grandissant d’ePOP permet de mobiliser un réseau de partenaires diversifié. Citons notamment l’Union Européenne, la Fondation de France, l’Agence Française pour le Développement, l’Office Français de la Biodiversité, l’University of South Pacific, l’Université de la Réunion, l’Ecole des Gobelins, ACTED, le WWF…

Soucieux de nourrir le débat public, ePOP a répondu présent aux grands rendez-vous de l’agenda international de ces quatre dernières années. Dans le cadre d’« AfterPOP », des vidéos ont été projetées et des ePOPers ont pu par exemple débattre avec experts et décideurs lors de la COP 23 à Bonn (2017),  de l’Ocean Day à l’ONU (New York, 2017), du 30ème anniversaire du GIEC (Unesco, 2018), au symposium international Island Biology (La Réunion, 2019) ou encore lors de nombreux événements locaux ou des Facebook Live, pandémie oblige. Cette mobilisation du réseau ePOP ne faiblira pas dans les mois à venir avec notamment une participation au Congrès Mondial de la Nature (Marseille, septembre 2021), à la COP24 (Glasgow, novembre 2021) ou encore lors du Forum mondial de l’eau (Dakar, mars 2022).

Après 4 ans de développement, ePOP bénéficie d’une représentativité mondiale et s’appuie dans son déploiement sur trois antennes régionales (Afrique centrale, océan Indien et zone pacifique) animées par des jeunes issus de la communauté ePOP. Ces ePOPers accompagnent la réalisation des productions et viennent en soutien technique aux réalisateurs, notamment par l’organisation in situ mais aussi en distanciel, de formations à la réalisation de reportages vidéo par smartphone. Ces dernières viennent compléter l’offre de formation en ligne mise en place par RFI Planète Radio et accessible sur epop network.

La dynamique de ce projet est soutenue par un concours annuel qui mobilise des participants du monde entier, une communauté grandissante d’année en année et très active. Le congrès mondial de la Nature sera l’occasion de remettre le 6 septembre prochain, les prix de l’édition 2021 en présence de personnalités du monde média et de la recherche. Last but not least : les participants au Congrès pourront participer le 10 septembre après-midi à une Afterpop autour de jeunes ePOPers venus présenter leurs meilleures réalisations ou les rencontrer sur le stand ePOP dans l’Espace Génération Nature.

Cet article, republié à partir des actualités de l'UICN Congrès Mondial de la Nature (Marseille, septembre 2021), a été rédigé par Marie-Lise Sabrié, Directrice de la Mission culture scientifique et technologique, Institut de recherche pour le développement (IRD); Max Bale, Directeur du service RFI Planète Radio (groupe France Médias Monde) et responsable du Fonds technique de coopération Radio France / RFI. 

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