Resumen

La 10e Conférence du Pacifique insulaire pour la conservation de la nature et des aires protégées s’est déroulée du 24 au 27 novembre 2020 en mode virtuel, en raison du contexte de pandémie à la Covid-19. Une session en présentiel a été organisée dans les locaux de la CPS (Secrétariat de la communauté du Pacifique) à Nouméa, à l’issue de laquelle la Déclaration de Vemööre a été adoptée pour la préservation de la biodiversité en Océanie.

Objectifs de cette conférence régionale majeure :

  • Influencer le cadre mondial de la biodiversité pour l'après 2020
  • Guider et innover les actions de conservation au niveau national et régional en Océanie
  • Assurer un financement durable pour la conservation de la nature en Océanie

Trois thématiques sur l’océan, les îles et le lien des Océaniens avec la nature ont été déclinées lors de sessions plénières dont deux ont impliqué des scientifiques de l’IRD.

© IRD / S. Andrefouet

Droits de l’Océan

Victor David, chercheur en droit de l’environnement de l’UMR GRED, a participé à une table ronde en ligne sur les droits de la nature. Il a spécifiquement présenté un plaidoyer pour l’attribution d’une personnalité juridique à l’océan Pacifique. « Cette initiative s’inscrit dans un engagement de l’IRD lors du sommet des Nations Unies en 2017 à New York. C’est également un des messages-clés de la conférence régionale Biodiversité en Océanie en 2019 à Nouméa », a-t-il indiqué. Il s’agit de reconnaître l’unité naturelle de l’Océan à l’intérieur des eaux territoriales et des zones économiques exclusives de chacun des Etats et territoires insulaires du Pacifique. Malgré le cadre juridique international, régional et national existant l’océan lié par un lien de  « parenté » avec les Océaniens, reste un milieu vulnérable, exposé aux menaces de pollution, d’acidification liée au changement climatique, de surpêches ou pêches illégales, d’exploitations minières des fonds sous-marins. Conformément à la vision holistique exprimée par les Océaniens dans la Déclaration de Maupiti en 2009,  il faudrait pouvoir reconnaître l’océan Pacifique comme un être vivant unique doté de la personnalité juridique, indépendamment des services écosystémiques qu’il peut fournir La biodiversité marine ne peut pas être soumise à des nationalités différentes et donc des statuts juridiques différents, d’autant qu’il existe une connectivité entre les espaces, par exemple en matière de recrutements larvaires ou de migrations des espèces marines, a-t-il argumenté. Il est important pour ce faire d’adopter une gouvernance régionale intégrée de cet océan dans son ensemble, hors du saucissonnage lié à la territorialisation des espaces maritimes.

© IRD / T. Vergoz

Savoirs locaux et politiques de gestion de l’environnement

Dans une autre session thématique, Catherine Sabinot, ethno-écologue et anthropologue de l’IRD / UMR ESPACE-DEV, invitée par l’AFD,  a coordonné une table ronde qui discutait de l’intérêt de se baser sur les savoirs locaux, les pratiques et les normes locales dans l’élaboration des mesures de préservation de la biodiversité dans le Pacifique.  Pierre Metsan (Ministry of Education and Training, Vanuatu) y a présenté les actions et les ambitions de son ministère pour intégrer les savoirs locaux dans les programmes scolaire. Catherine Sabinot a ensuite rappelé que « la crise écologique prend racine dans le désengagement des populations avec leur environnement ». Elle a alors partagé quelques résultats de ses recherches menées au Vanuatu et en Nouvelle-Calédonie afin de pointer du doigt trois éléments clefs pour construire des politiques environnementales ajustées aux enjeux sociaux et écologiques : la reconnaissance (1) des savoirs sur l’environnement acquis par l’observation et l’expérience régulière des populations qui vivent au quotidien avec la nature, (2) de la fonction sociale visée par les réserves, les zones taboues et les aires protégées en Océanie, (3) des termes vernaculaires employés localement pour qualifier les lieux et les activités. La parole a ensuite été donnée à Pauline Fabre, doctorante au CRIOBE en Polynésie française qui a discuté de l’évolution des rāhui à Taiarapu, puis à Siosinamele Lui, du Climate Traditional Knowledge Office, SPREP (Suva) qui a présenté les résultats d’un programme de recherche en cours sur l’intégration des savoirs traditionnels dans les politiques de préservation de la biodiversité et d’adaptation au changement climatique. Catherine Sabinot a conclu sur l’importance de connaître la diversité de ces savoirs et leurs modalités de transmission pour mieux les intégrer dans les mesures de gestion.

 

Baleine à bosse : Megaptera novaeangliae

© IRD / Philippe Borsa

Identifier les zones d’intérêt pour les mammifères marins

Claire Garrigue, biologiste marin de l’UMR ENTROPIE, a présenté un nouvel outil développé par la Marine Mammal Protected Areas Task Force (MMPATF) de l’UICN afin d’informer les gestionnaires pour la mise en place d’outils de gestion comme par exemple pour la planification spatiale d’aire marine protégées. Le e-Atlas permet de visualiser les zones importantes pour les mammifères marins (IMMA : Important Marine Mammal Area). Elles ont été identifiées au cours de plusieurs ateliers réunissant des experts locaux et internationaux. Actuellement 159 IMMAs ont été identifiées dont 20 se situent dans la région des îles du Pacifique. De plus, 24 zones potentiellement importantes (cIMMAs) et 128 zones d’intérêt (AoI) ont été reconnues pour lesquelles les informations sont encore insuffisantes. Parmi celles-ci 4 cIMMAs et 20 AoI concernent la région des îles du Pacifique. Une carte interactive, une base de données interrogeable et les contours des zones sont téléchargeables sur le site internet dédié : www.marinemammalhabitat.org/. Cet outil facilitera la conservation des mammifères marins dans la région des îles du Pacifique.

Les participants aux sessions en présentiel à la CPS, Nouméa, nov 2020

© DR

Une déclaration historique

A l’issue de la conférence régionale, qui a rassemblé plus de 1700 participants en virtuel ou en présentiel, la Déclaration de Vemööre a été adoptée. « Nous, représentants et représentantes des gouvernements de 13 États et territoires du Pacifique insulaire, nos pays partenaires, et les dirigeants et dirigeantes d’organisations de 11 membres de la Table ronde océanienne pour la conservation de la nature, rassemblés dans le cadre de la 10e Conférence du Pacifique insulaire sur la conservation de la nature et sur les aires protégées, déclarons l'urgence de la crise mondiale de la biodiversité et que les actions porteuses de changements soient mises en œuvre sans délais. Cette crise représente une menace pour l'existence de notre océan Pacifique, de nos îles et de nos peuples » .

C’est par cette prise de position forte que débute la Déclaration de Vemööre. Ce texte engageant va servir à régir les politiques locales du Pacifique insulaire et va être porté dans toutes les négociations internationales autour de la biodiversité prévues en 2021, notamment lors du Congrès mondial de l’UICN (Union international pour la conservation de la nature) à Marseille et dans le cadre de la 15e Conférence des parties (COP15) à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) à Kunming en Chine. Pour les pays océaniens, « c'est ensemble que nous ferons entendre au monde la voix du Pacifique ».